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NEW YEAR’S DAY PAINTING

Appelé par César « ErNesT», orthographié par Gilles Deleuze « Et n’est-ce*», pour sa demande de naturalisation, est un personnage extrêmement ambiguë et énigmatique. Il a une ironie très profonde et une très grande subtilité d’esprit. Ce qui l’importune ce sont les gens qui raisonnent par une série d’affirmations… moi-même militant du Nouveau réalisme… ne me disait-il : « Vous savez, vous attachez beaucoup trop d’importance au ready-made. »

Sollicitant une participation populaire à travers la prise en charge de l’expressivité, et pour sa part prônant un véritable retrait.

Il y a chez lui une double face : « Et n’est-ce*» et « &/et » ; une face dandy, et une face conceptuelle profonde. Le sublime de l’indolence c’est peut-être son dandysme. Quant au passage du domaine de l’inerte au domaine de la vie dans l’art il faut que l’objet passe par un relais extrêmement subtil qui est celui de la transsubstantiation. Et cette transsubstantiation c’est le public qui la désigne. Donc l’adhésion du public est déterminante dans cette opération. Il admet la participation du public comme absolument nécessaire parce qu’il dote l’objet de ce pouvoir de se convertir finalement en œuvre d’art. C’est son côté religieux en quelque sorte, bien qu’il ne le soit pas du tout, ni athée ni croyant. Dans sa thématique fondamentale en définitive vous prenez la balle au bond et vous opérez une affirmation pleine et entière de l’expressivité. Cette idée se veut également un positionnement à l’égard de la sculpture aussi bien de l’histoire qu’elle véhicule que son actualité.

Dans cette idée ce n’est plus la beauté qui devient le paramètre de référence, c’est la vérité. La recherche d’une vérité gratifiante, c’est très différent de la beauté gratifiante. La référence à une vérité gratifiante dans l’objet, dans la performance, est un phénomène pragmatique, une façon de vivre, un phénomène existentiel, directement existentiel. Et pour que cette vérité soit gratifiante il faut en quelque sorte que cet objet soit représenté comme un peu plus vrai que nature. Il y a là aussi toute une évolution considérable sur le plan du goût d’une certaine manière, l’inesthétique correspond au temps d’adaptation. Finalement le corps devient objet : on le voit avec le body-art.1 Cette objectivation est absolument indissociable d’une dimension narrative et expressive, ‘le corps devient l’objet’, cela ne fait pas part d’une réification au sens marxiste du terme, tout cela est le résultat de la nouvelle aventure de l’objet.

« Et n’est-ce* &/et », proposant des situations objectives extrêmement subtiles et ambiguës réalise une situation objective directement dépendante du contexte dans lequel elle est exposée, l’ambiance dans laquelle elle a lieu. Si vous voyez la même situation objective dans une galerie d’art , chez un collectionneur et a fortiori dans un musée, alors naît le problème esthétique ; vous demandez où est le socle et cela pose un énorme problème. Son principe est différent de la pure et simple appropriation des Nouveaux Réalistes dans la mesure où l’objet naît de la situation, c’est à dire de sa rencontre, de cet appel à la culture. Voyez avec quel soin il choisit l’espace dans lequel il va présenter ses objets. Il y a une interaction très subtile entre l’espace ambiant et l’objet ; la dimension archétypale qui ensuite procède au baptême de l’objet. En l’admettant comme une œuvre d’art, en lui reconnaissant sa pleine valeur esthétique, il a donné à cet emblème reconnaissance officielle suprême, celle de la culture. Au nom de la vérité c’est l’éthique de l’adhésion du public à l’opération de l’appropriation au nom de la vérité et de l’authenticité. Cela indique que l’art est un consensus. Est art ce qui est désigné comme tel par le public. L’art se négocie, l’art ne s’impose plus, comme à l’époque de la modernité. Ce sont les conditions de négociation qui créent l’adhésion du public. C’est une sorte de transcendance ou de sublimation de la consommation. C’est une façon de consommer qui est active, qui n’est plus passive. L’engagement n’est pas critique. Il n’y a pas d’art sans communication. Ou l’art communique, ou il n’existe pas ; l’information considérée comme un corps sémantique, en ce sens elle fait partie intégrante de l’aventure de l’objet.

Et n’est-ce* &/et Pierre Restany, Paris 1974

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1. Abraham l’ancêtre du Body Art, Genèse (17,11) / Lévitique (12,3).